Valerie Winckler...

BRUMES

BRUMES

Ce soir là, à la tombée de la nuit, j’étais partie photographier tout autre chose. Mais sur mon chemin, j’ai trouvé l’inattendu : une nuit qui dissout les contours du temps.

Ce qui m’a tout d’abord attiré, c’est cette lumière étrange qui baignait la nuit dans un territoire mystérieux entre la terre et le large. La brume enveloppait le paysage d’une lumière diffuse qui dissolvait ses contours mais en soulignait d’autres. Elle avait éteint les sons, les habitants étaient calfeutrés chez eux et pas un souffle de vent ne froissait la surface de l’océan. J’étais seule dans un monde immobile et silencieux.

Dans cet entre-deux, à la lisière de l’océan, le temps s’était figé. La brume avait défini un nouveau territoire en levant le voile sur un large mystérieux et vide. Elle renforçait la permanence minérale des blocs de béton ou du granit et renvoyait les habitations dans un irréel cotonneux. Elle révélait au plus profond de moi, les interrogations et les craintes qui naissaient dans la vivante mobilité de ma sensibilité et de mon corps.

Tirages Anne-Marie Msili-Jézéquel sur papier Canson Rag Photographique. Limités, datés et signés.